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  • bunny
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Forêt guyanaise, trésor en péril
Le rébellion en Guyane est l’occasion de rappeler que ce département est aussi une forêt exceptionnelle, très étudiée par des scientifiques, mais laissée à la merci des orpailleurs.
La grève générale en Guyane vous a peut être donné l’occasion de réviser votre géographie. Si ce n’est pas le cas, sachez qu’il s’agit d’un département français d’Amérique du Sud, situé au nord du Brésil et au sud-est du Venezuela. On y trouve le plus fabuleux patrimoine naturel de la France : l’une des forêts tropicales parmi les moins fragmentées de la planète (ailleurs, les arbres ressemblent plutôt aux territoires palestiniens mités de colonies israéliennes). Malheureusement, cette forêt est saccagée à cause de l’orpaillage, dont on sait l’extrême nocivité : il entraîne des boues qui asphyxient les rivières, et du mercure qui empoisonne les poissons et les populations.
En analysant les images satellites des vingt dernières années, des chercheurs viennent de montrer que l’évolution de la déforestation est étroitement liée au cours de l’or. Plus celui-ci grimpe, plus la déforestation augmente, et inversement, comme l’explique Camille Dezécache, de l’université de Guyane : « lorsque le cours de l’or était en deçà de 400 dollars l’once, voici une quinzaine d’années, environ 2000 hectares de forêts étaient annuellement déforestés par l’orpaillage. Quand il a flambé, pour atteindre 1600 dollars l’once en 2011-2012 cette déforestation a atteint près de 9000 hectares par an. » Abattre des arbres tropicaux est toujours terrible. Mais quand cela permet aux populations locales de faire la cuisine ou de planter des cultures, on pourrait à la limite comprendre. Tandis que, ici, c’est pour extraire de l’or, dont la destination première est de servir de « valeur refuge » à des millionnaires, sans que cela bénéficie aux populations locales (hormis la petite poignée de margoulins de l’orpaillage). Les arbres disparaissent pour que des riches deviennent encore plus riches.
Un patrimoine naturel fondamental
Empêcher l’orpaillage est une casse-tête. Sachant que les orpailleurs clandestins viennent du Brésil, il faudrait prendre modèle sur Trump et construire un mur sur les 730 km de frontière avec le Brésil ! Il y a aussi de l’or dans la forêt brésilienne, mais les orpailleurs s’y aventurent moins, car s’ils s’y font choper, ils finiront dans des cachots, quand ils ne se feront pas flinguer sur place. Du coup, ils préfèrent aller en Guyane, où le pire qui puisse arriver est d’être renvoyé à la frontière brésilienne, d’où ils reviendront quelques jours plus tard. Camille Dezécache a aussi montré un système de « vase communicants » entre pays amazoniens : plus l’orpaillage est réprimé en Guyane, plus la déforestation se déporte sur les pays voisin, le Suriname. La France respire, mais à l’échelle de la forêt, le problème est seulement déplacé. Seule une coordination internationale pourrait limiter les dégâts.
Malheureusement, on n’en prend pas le chemin. Dans les relations France-Brésil, une étape vient cependant d’être franchie : il existe aujourd’hui un pont entre la France et le Brésil, au dessus du fleuve Oyapock. Il a été inauguré le 18 mars . Sa construction a été signée en 1997 par le président Chirac, et le pont a été terminé en 2011, mais il est resté en plan depuis. En principe, un pont, c’est plutôt bien. Sauf qu’ici l’utilité ne saute pas aux yeux, vu que les autochtones traversent le fleuve en pirogue depuis la nuit des temps. L’ouverture relie la petite ville guyanaise de Saint-Georges (4000 habitants) à l’état brésilien de l’Amapa, où l’activité économique est quasi nulle. Pour l’instant, il est emprunté par une centaine de véhicules par jour. Et quand on sait qu’il a couté plus de 60 millions d’euros, ça laisse perplexe.
Pour étudier l’impact de ce pont sur les populations locales , le CNRS avait crée en 2008 un observatoire homme milieux. Son directeur, Damien Davy, nous explique qu’en résumé il ne sert à rien : « c’est un pont géopolitique, mais du point de vue local, il n’y a pas de besoin de pont pour traverser le fleuve. Il nuit même à l’économie locale, car les piroguiers-taxis vont être mis au chômage ». Autrement dit, on fabrique un coûteux symbole qui – du moins aujourd’hui et sans doute pour pas mal de temps encore – semble inutile, voire néfaste Certains estiment qu'on aurait mieux fait d’investir l’argent dans la lutte contre les orpailleurs (qui, eux, continuent de traverser la rivière en pirogue, sachant qu’ils ont à leur disposition 300 km de fleuve à peine surveillés par une dizaine de gendarmes).
En attendant que la forêt soit dévastée, les chercheurs étudient aussi la biodiversité. En plein cœur de la forêt, dans la réserve des Nouragues, le CNRS possède une station scientifique exceptionnelle. Parmi les dernières découvertes effectuées sur ce site, en voici une pas banale : on vient de découvrir que des fourmis de la forêt guyanaise sont contaminées par les phtalates. Ces perturbateurs endocriniens sont produits dans les villes, et se retrouvent en plein cœur de l’Amazonie à cause « d’une dispersion mondiale par le vent, sous forme gazeuse ou via les particules atmosphériques ». Ca en dit long sur l’impact de l’activité humaine à l’échelle du globe ».
Les forêts tropicales sont aussi de fabuleux réservoirs de molécules thérapeutiques. Les chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement ont dressé l’inventaire des plantes traditionnellement utilisées par les populations locales. Ils ont découvert que pour soulager le paludisme, les Amérindiens utilisent les feuilles d’un arbuste, Quassia amara. De là, ils ont tiré une molécule antipaludique, la simalikalactone (E1). Et on pourrait espérer tirer encore bien d’autres médicaments de la forêt.
La rebéllion des guyanais a le mérite d’attirer l’attention sur ce département. Il héberge un patrimoine naturel fondamental, non seulement pour la France, mais pour l’humanité entière. Les scientifiques le prouvent. Il serait temps que les politiques en tiennent compte.

E1 – Cette molécule a été brevetée par l’IRD. Brevet que des associations guyanaise ont jugé « peu éthique » car il ne reconnaissait pas les communautés guyanaises ayant participé au projet, mais l’IRD a finalement proposé d’en partager les éventuelles retombées économiques.

Ecrit par Antonio Fischetti – Charlie Hebdo du 12 avril 2017

Par bunny le 03/05/2017 à 14h21:44

Avatar de bayard85
  • bayard85
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Nous avons eu le droit, il y a quelques années , à un intéressant reportage sur les orpailleurs de Guyanne et la déforestation. L'armée serait très engagée dans la chasse aux orpailleurs. :((

Par bayard85 le 03/05/2017 à 15h41:21

Avatar de 123Jacquesjacques
  • 123Jacquesjacques
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Merci pour cette info, qu'il faut rabâcher, mais que je connais depuis plusieurs décennies.
Dans la tête de nos dirigeants, du haut en bas, la Guyane est une colonie qui devrait rapporter, et qu'on ne va donc pas financer, non mais!
Des entreprises de déforestation et des orpailleurs ( qui finance par dessous ? ) s'en donnent à cœur joie, pendant que les populations locales utilisent des ressources naturelles sans les épuiser.
Il y a une richesse naturelle qui reste au stade de l'étude ( plantes, êtres vivants..), moins dévastateurs que les orpailleurs et leurs produits chimiques.
La législation spécifique, indispensable à ce territoire est embryonnaire, et surveiller la frontière avec le Brésil demanderait régiments, bateaux, hélicoptères.... C'est une guerre, que nos dirigeants font en dentelles ( voir la lutte contre le terrorisme ).C'est pourtant vital pour ce territoire!

Par 123Jacquesjacques le 03/05/2017 à 18h11:17

Avatar de calédonien 98
  • calédonien 98
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C'est effectivement une superbe forêt qui a une histoire qui dépasse de loin la notre (les humains). L'orpaillage est un vrai fléau surtout quant on connait les dégâts. Juste une précision, l'erreur a été il y a quelques années de dévoiler les zones ou il y a des gisements d'or, d'où leurs implantations. Dire que cette forêt était devenue un parc naturel, suivi par des scientifiques tant dans les hauteurs qu'au sol. Et dire que la forêt amazonienne n'a pas encore permis de découvrir toutes ses richesses.

Par calédonien 98 le 03/05/2017 à 21h32:45

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